CANNES 2026 : REGLAGES DES ECOUTES
Comme chaque année, la CST fait appel à des oreilles extérieures pour finaliser les réglages des deux principales salles du Festival. J’ai donc été à nouveau sollicité pour apporter mon expertise concernant la validation des écoutes des deux salles : Lumière et Debussy.
Comme vous le savez, la salle Lumière est loin d’être une salle de cinéma, très grande (2300 places) et qui ne possède qu’un traitement acoustique extrêmement limité. Les voies d’écran ne sont installées que pour la durée du festival ainsi que les subwoofers. Le système surround appartient lui au palais et reste en place d’une année sur l’autre.
Depuis 14 ans, les voies d’écran (enceintes et amplis) et les subs sont fournies par DK Audio. Depuis 7 ans, le système installé est un genre de Line Array spécifiquement développé pour la salle et qui est callé par DK Audio pour offrir une couverture optimale sur l’ensemble du parterre comme du balcon. Jean-Baptiste Hennion (2AVI) assure pour la CST la supervision générale de l’image et du son. Dolby, partenaire technique du festival, en plus de la fourniture des serveurs de diffusion du festival et du marché, assure via une équipe internationale de consultants, le calibrage son de toutes les salles du festival, du marché du film et de la Quinzaine des Réalisateurs.
Depuis plusieurs années, Dominique Schmit (Dolby) se charge de l’égalisation et de la mise aux normes de toutes les salles de la compétition : Lumière, Debussy, Varda, Semaine de la Critique et de la Quinzaine. La CST garde la direction technique et un droit de regard sur la bonne mise en œuvre pendant toute la durée du festival.
Dans la salle Lumière, trouver une égalisation précise et un niveau idéal relève de l’utopie mais Dominique s’acharne à relever au mieux ce défi. Depuis quelques années les choses s’améliorent nettement. Restent certaines contraintes liées majoritairement au manque de traitement acoustique qui compliquent lourdement la tâche. En particulier : 1/La réverbération : Dominique a pu me faire à nouveau constater un temps de réverbération plus que conséquent : 1,6 s dans le médium et de 6 s dans les basses! 2/Les basses : Elles sont souvent un peu envahissantes. Leurs corrections restent complexes, aggravées par l’estrade surdimensionnée (diffusion télé oblige) et par le manque de traitement acoustique général.
Depuis 2025 et l’arrivée de l’Atmos dans la salle Lumière, de nettes améliorations notamment sur les surround sont à noter grâce au réglage temporel et fréquentiel indépendant pour chacune des enceintes. On précisera également que pour chaque voie d’écran, 3 clusters d’enceintes sont dédiés au parterre et 3 également pour le balcon. Ce qui permet d’assurer une meilleure répartition. Concernant les surrounds (latéraux et arrières) deux systèmes indépendants existent : un pour le parterre et un autre pour le balcon.
Enfin, il est bon de rappeler que pour la façade une écoute gauche/droite est dédiée au format scope, une au format 1.85 et une pour le 1.66. Cette installation reste indispensable au regard de l’épaisseur des rideaux (non transonores) qui se positionnent juste devant l’écoute du format scope lorsque l’on projette en 1.85 et idem pour le 1.66.
Dominique Schmit a entrepris depuis 2024 une refonte globale de son approche. Même s’il la garde confidentielle, on peut préciser qu’il fait des mesures en impulsionnelle, multiplexées avec 8 micros et qu’il utilise un analyseur en temps réel. Ses micros de classe 1 sont calibrés avec une précision de +/- 0,2 db. Il garde évidemment en référence la courbe ISO X en utilisant toute la tolérance qu’elle propose soit les +/- 3db autorisés. Avec son expérience et son savoir-faire, il interprète au mieux les résultats de l’analyseur pour garantir une écoute de plus en plus pointue.
Le résultat : une écoute vraiment plus précise d’année en année que nous avons tous pu tous constater (CST, 2AVI, consultants Dolby). J’ai pu entendre avec plus de précisions et de détails les extraits de films que j’avais apportés. J’ai néanmoins demandé une modification vers 500Hz au centre pour garantir une meilleure linéarité particulièrement pour les dialogues. Concernant les « Gauche/Droite » nous avons décidé de « laisser vivre » légèrement (+0,5db) entre 8KHz et 10KHz pour gagner en définition sur le haut du spectre. Enfin le niveau général des surronds a été relevé de 0,2 db pour redonner une meilleure sensation de largeur qui me manquait. Ces modifications peuvent paraitre très légères mais sont très vite perceptibles. Dès lors que l’on cherche à optimiser plus, le manque de traitement acoustique de cette salle apporte bon nombre d’aberrations… Il est donc sage d’être un peu moins « brillant » pour apporter un résultat plus cohérent et homogène dans la majeure partie de la salle.
J’ai écouté mes mixages à 83,5 pour un travail en auditorium à 81(Polyson Audi 11). Par expérience, la salle demande de monter le niveau d’écoute pour se rapprocher des sensations obtenues en auditorium et ainsi garantir l’équilibre recherché durant le mixage (1 à 3 db environs). Les retours cette année sont plutôt positifs même si certains regrettent un léger manque de définition indéniable mais impossible à améliorer sans traitement acoustique digne de ce nom !
Pour la salle Debussy, l’équipement est sensiblement le même (le processeur un peu plus ancien a été changé l’année dernière). La salle étant, elle bien mieux traitée acoustiquement et plus petite (env 1000 places), le résultat est évidement tout de suite plus cohérent et surtout moins réverbérante.
La démarche de Dominique reste la même qu’à Lumière concernant l’approche et les corrections. Le résultat était plutôt homogène et la couverture latérale bien équilibrée. J’ai demandé une petite modification au centre vers 3Khz qui finalement c’est avéré inutile. J’ai demandé le même niveau d’écoute que dans la salle Lumière pour écouter les extraits de films que j’avais apporté soit 83,5 et c’était parfait. Les retours des équipes ont été également plutôt positifs même si certains souhaitent que les « Gauches/Droites» soient un peu plus « large bande ».
Un débat reste d’actualité qui concerne les répétitions nocturnes qui précèdent la projection officielle. Toujours très tardives et sujettes à discussion sur le niveau choisi entre metteur en scène / producteur / mixeur. Cette année, deux films ont été particulièrement touchés. En effet, lors des projections officielles, un distributeur a demandé aux services techniques de modifier le niveau sans en référer aux équipes, ce qui a alimenté de nombreuses incompréhensions !
J’ai demandé à André Labbouz (Président de la CST) de se saisir de ce dossier. L’idée est de mettre en place un protocole pour que des changements de niveaux ne puissent se faire qu’en accord avec l’ensemble des responsables (metteur en scène/producteur/mixeur).
Enfin pour finir sur une note sympathique, la star Tilda Swinton a mentionné le « Perfect Sound System » de Lumière !
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