Marlene Dietrich et le son direct
Extrait de l'autobiographie de Marlene Dietrich, qui a vécu l'arrivée du cinéma parlant :
"Jusqu’ici, je n’ai mentionné que l’aspect visuel du tournage d’un film. J’aimerais maintenant parler d’un second élément tout aussi essentiel : le son.
Le travail de l’ingénieur du son est décisif. Alors que le chef opérateur doit attendre le lendemain pour voir les résultats de son travail, l’ingénieur du son, qui entend tout en direct, peut demander une nouvelle prise dès que le tournage d’un plan est terminé. Il lui suffit de dire : « Mauvais pour moi », et le talent des plus grands acteurs est alors réduit à néant. À ce moment, les assistants de l’ingénieur du son sortent de l’ombre pour modifier la place des microphones. Souvent, ils s’adressent directement aux acteurs, procédé que von Sternberg a toujours interdit. « Expliquez-moi ce qui se passe, leur répétait-il, et j’en parlerai aux acteurs – si je décide de le faire. »
Malgré mon inexpérience, je comprenais ses raisons : exiger d’un acteur de parler plus fort risque de modifier son jeu. Quand l’ingénieur du son était mécontent, Sternberg nous recommandait simplement de mettre davantage de souffle dans nos répliques. Plus la voix est soutenue, mieux le micro la capte. Un truc technique élémentaire. Ce qui compliquait tout était que les responsables du son recevaient les bandes sonores sans l’image. Comme ils ne distinguaient pas les lèvres des acteurs, ils ne pouvaient se fier qu’à ce qu’ils entendaient. De nombreux metteurs en scène, ignorant ce détail, tournaient le même plan une bonne douzaine de fois jusqu’à ce que les acteurs fussent épuisés, guindés, mais les ingénieurs du son satisfaits.
Le « OK pour moi » de l’ingénieur du son provoquait des soupirs de soulagement. Surtout lorsque je ne travaillais plus avec von Sternberg.
Un jour, dans Les Anneaux d’or, je devais courir à travers une forêt en hurlant derrière l’homme qui m’avait quittée, de plus en plus fort au fur et à mesure que je m’éloignais de la caméra. Quand, à bout de souffle, je revins vers le metteur en scène, l’ingénieur du son qui se tenait près de lui me dit : « Pourquoi vous êtes-vous donné tout ce mal ? Il y a un micro derrière chaque arbre. »
« Mais si cela est, tentai-je d’expliquer, ma voix porte comme si j’étais très près. La caméra ne bouge pas, ma silhouette rétrécit, mais ma voix demeure la même que lorsque j’étais près de la caméra. »
L’ingénieur du son me répondit qu’on réglerait ces problèmes techniques dans la « chambre d’écho », et que ma voix s’éloignerait progressivement.
Je n’en revenais pas. Comment ! tout ce travail qui attendait les techniciens, alors qu’il était si facile de régler ces détails maintenant, sur place ? Je déteste les disputes, les cris pendant un tournage. Je gardai donc le silence, mais…"
Marlene Dietrich - Mémoires, Grasset 2025
Le cri du Patchwork : Une zoologie sonore thématique du monde contemporain.
Une des émissions de FRANCE MUSIQUE qui propose un collage, un montage, une zoologie sonore du...
Questionnaire sur la description des ambiances sonores
Ce questionnaire s’insère au sein d’une démarche de recherche globale qui s’intéresse aux...
TËNK A 2 ANS
Le fameux site de documentaire de création fête ce WE ses 2 années.Une promotion pour...
Christine Petit, la science à l’écoute
Sur France-Culture dans l'émission " LA MÉTHODE SCIENTIFIQUE ", grand entretien avec Christine...
Pratique des liaisons HF
Notre éminent collègue et membre du CA de l'AFSI, Vincent Magnier, par ailleurs formateur à...
La chaine du son au cinéma et à la télévision
Lucien Balibar chef opérateur son et membre de l'AFSI publie aux édition DUNOD "La chaine du son...