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Marie Massiani
Le 28 novembre 2013
Lendemain de FISM 2013

Lendemain de FISM 2013

En ces temps de gueule de bois un peu généralisée, une idée a peut-être furtivement traversé l’esprit de certains, avant finalement de s’y installer parfois plus durablement. Un mot : reconversion.

Je vous rassure tout de suite, la reconversion n’est pas un gros mot. Même DOLBY et DTS ont étés obligés d’en passer par là, soucieux de ne pas devenir des fossiles gravés dans la pellicule optique, tels de vieux dinosaures pulvérisés par le cataclysme de l’ère tout numérique et de la concurrence nouvelle. Certains, plus prévoyants que d’autres, ont amorcé le virage plus tôt mais tous convergent vers de nouveaux horizons. Ces horizons ont pour noms: Objets, Immersion, metadata…

Pour préciser les choses, voilà dans quoi se reconvertissent Dolby et DTS, chacun à sa façon: la création et la vente d’ objets avec livraison personnalisée assurée. Dolby Atmos , dispositif de mixage orienté objet pour l’un, MDA plateforme d’export de contenu-objet pour l’autre.

Car maintenant il est de bon ton d’envisager les bandes son en kit. On fait dans le mixage qui se monte à réception à domicile avec un guide de montage (les metadata), façon Ikéa.

Au vu des discours entendus au Fism, notamment lors des présentations de Perceptive Media (BBC’s Research&Devpt) et de MDA ( qui a pour l’occasion choisi en exemple le dispositif cinéma Auro3D plutôt que le Dolby Atmos ,signe ostensible des luttes intestines loin d’être digérées ), si j’ai bien compris, voilà à quoi va ressembler mon avenir de mixeur:

Je livrerai ma mayonnaise huile, moutarde et oeuf séparés. La machine à digérer les metadata se chargera de l’émulsionner suivant le contexte, chez vous, dans le train, sur votre smartphone…

Les arguments de vente: immersion, interactivité, flexibilité, adaptabilité…Les machines s’adaptent à l’environnement, comme nous. En gros, admettons que vous habitiez en immeuble mal isolé, que vous regardiez en fin de soirée un blockbuster made in USA, il suffira de sélectionner la touche nuit et les explosions dans la bande son ne feront pas plus de bruit que la plume qui s’échappera de l’oreiller sur lequel vos voisins se seront endormis. Si vous regardez un match de foot, vous mixerez vous-même le dosage foule/ commentateurs, définirez votre propre point d’écoute dans le stade. De la direction d’orchestre interactive? tout est envisageable.

Si vous visionnez un film en environnement bruyant sur des HP d’ordinateur, mon mix sera optimisé pour l’occasion. Mazette, mais c’est génial ! Moi qui devais jusqu’à maintenant intégrer dans mes mixages les éternels compromis liés à 2 interrogations centrales: « qui écoute mon mix ? Un jeune dont les armées de cellules ciliées sont toutes au garde à vous ou un vieux dont les oreilles ont déjà subi les inexorables effets du temps? »

« Et dans quelles conditions ? »

Bref, je ne peux pas m’empêcher de penser que c’est fabuleux, que c’est évidemment l’avenir, que ça répond aux attentes de la génération C (connectée) mais quelques vieux réflexes épidermiques reviennent au galop: « que va faire la machine quand elle va émulsionner la mayo ? Avec quels contrôles ? pour peu qu’elle ait ses ragnagnas…. on m’a toujours appris à contrôler moi-même les choses en amont, c’est donc un peu contre nature … et puis, modifier des niveaux, des équilibres, n’est-ce pas déjà un peu porter atteinte à l’intégrité d’une oeuvre de création? Un peu comme si on demandait à un peintre de livrer un tableau en couche Photoshop, dont les couleurs seraient étalonnées en fonction de l’éclairage de la pièce d’exposition. Dernière question : vais-je aborder mes mixages dans le même état d’esprit ? Je ne vais plus livrer un produit fini mais modulable, quels seront donc mes critères de bonne facture ? De quoi alimenter un grand débat …

Revenons au Fism. La journée à Radio-France nous a permis de découvrir de nombreuses expérimentations en matière de restitution binaurale 3D , au casque donc . Des écoutes binaurales qui deviendront sûrement convaincantes dès lors que sera proposée une véritable individualisation des fonctions de transfert en fonction de la morphologie de chacun , avec pour l’instant une sensation un peu récurrente de déficit en frontal . Il y avait également des systèmes de prises de son binaurale natifs lowcost( le cyclope) ou non ( la tête Neumann) et on a pu expérimenter de la modélisation HRTF chez Trinnov. Côté diffusion multicanal, il y avait le Cube de Jean-Marc l’Hotel, le WFS et autres réjouissances... Bref ce lundi, on a beaucoup parlé de nouveaux outils , mais soyons pragmatique, l’avenir nous confrontera aux vrais enjeux, à savoir la fiabilité dans le travail et la viabilité économique de ces différents outils. Beaucoup de nouvelles perspectives enthousiasmantes avec un petit bémol dans un coin de ma tête: Encore plus d’écoutes au casque, nos oreilles en pleurent peut-être d’avance car nos capacités auditives, elles, n’évoluent pas.

Poursuivons…

Coté mixage orienté objet, il y a eu le clip teaser destiné à promouvoir le système MDA qui m’a laissée dubitative et puis il y a eu la projection du soir. Direction le Wepler pour la projection du film « En solitaire » en Dolby Atmos.

Là, tout commence bien. Par le teaser de Dolby en image de synthèse dans la forêt. Craquement de bois, bruissements de feuille qui volent dans le vent, cris d’animaux, subtilité et puissance à la fois. La démonstration est convaincante, et la magie du procédé opère comme dans l’apesanteur sonore et la 3D de Gravity. Puis le film démarre. Chouette, je me réjouis d’avance, l’air du large, loin des studios parisiens, une expérience sensorielle dépaysante en pleine mer, c’est aussi à ça que sert le cinéma. Résultat des courses, 96 min plus tard, j’ai vu un clip publicitaire pour DCNS dont le scénario creux et très consensuel ne parvient pas à dépasser le niveau de la mer. Je me suis ennuyée du début à la fin mais tout n’est pas perdu car j’ai donc eu le temps d’être très attentive au son.

Le ticket du Wepler me promettait un son immersif, j’ai été servi. 60 min de déferlantes de mer (traduire: de bruit blanc) dans les oreilles et à celui qui osait dire à la fin de la projection qu’il était content que ça s’arrête, à celui qui demandait si c’était aussi fort dans la réalité, les monteurs son de répondre que « oui, monsieur, c’est encore plus violent en vrai ». C’était donc ça, le mot IMMERSIF avait donc été pris au pied de la lettre, à faire dresser les cheveux sur la tête ( ou plutôt le turban) de Jean-Pierre Beauviala qui aime à rappeler que le cinéma est avant tout un art de la représentation, avant de parler d’immersion dans le réel. Les déferlantes, ont les adore quand on reçoit réellement les embruns grisants qui les accompagnent. Mais assis dans un fauteuil de cinéma, ce n’est pas pareil. Encore heureux qu’il n’y ait pas eu l’option « mal de mer » en plus ce soir là, les oreilles ont trinqué pour l’estomac et tout le reste et le Dolby Atmos s’est lui aussi noyé. S’il s’était agit d’un film de surf, j’ose même pas imaginer.

Bref, déjà 3 db de moins n’auraient fait de mal à personne(confirmation d’une petite investigation menée au Satis auprès de plusieurs personnes présentes ce soir-là) et à propos, messieurs l’équipe son du film ,à quel niveau d’écoute étiez-vous au mixage , pendant plusieurs semaines ? L’effet « trous de gruyère » du Dolby Atmos quevous avez bien décrit par rapport à la première version 5.1 classique a-t-il du coup contribué à une surenchère pour colmater les trous ? Mais ce n’est pas tant en terme de niveau électrique que ça se joue à mon avis mais plutôt en terme de gestion d’une bande son sur 1H30, trouver la bonne alchimie pour alterner séquences puissantes et accalmies sonores, pour varier les traitements en terme de textures, niveaux , spectres . Car ce qui est beau aussi en pleine mer, ce sont les silences. Ici, pas un silence qui ne soit tout de suite noyé sous une musique au thème sirupeux . La musique aussi avait son Vendée- Globe à assurer, talonner la mer en terme de minutage sonore pour peut-être la dépasser sur la dernière ligne droite au générique de fin dont le mix plutôt agressif finissait de nous achever. « Dead calm » (Calme blanc) de Phillip Noyce parait bien loin tout à coup, en pleine mer lui aussi mais au scénario à couper le souffle… on en deviendrait nostalgique.

Passés cette crispation et cet énervement, il faut admettre que l’équation « sons d’eau sur les 3/4 du film« était sûrement difficile à résoudre et que finalement l’équilibre spectral des sons de mer est, lui , plutôt probant . Le son direct est réussi, ce qui a dû constituer un véritable challenge et c’est tant mieux car ça rend François Cluzet plus crédible en navigateur solitaire et on imagine mal le résultat si la moitié du film avait reposé sur de la post-synchro. Et c’est finalement dans l’intérieur de la coque que le son devient jouissif et que le Dolby Atmos prend tout son sens, avec notamment la notion supplémentaire de verticalité qui fonctionne, malgré la 2D.

Et au fait, à quand une projection en Dolby Atmos dont on ne sorte pas un peu sonné ?

A moi maintenant d’arrêter de vous saouler. Je terminerai en disant que cette journée me conforte dans l’idée que ce ne sont finalement pas les outils qui comptent mais bien ce qu’on décide d’en faire. L’avenir sonore est entre nos mains.

Rendez-vous pris au Fism pour l’année prochaine.

Marie Massian

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Mixage Post Production FISM Compte rendu Ambisonique
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