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Vincent Magnier
Le 27 mars 2017
Rencontre avec Gilles Deshays, maintenancier à DC Audiovisuel

Rencontre avec Gilles Deshays, maintenancier à DC Audiovisuel

Peux tu nous présenter ton parcours ?

J’ai un parcours un peu atypique. J’avais prévu de faire des études électroniques. Donc j’avais fais une seconde et une première électronique mais je me suis vite rendu compte que ce n’était pas trop pour moi : 40 heures de cours par semaine avec des classes entièrement rempli de garçons et pas de filles. Assez rapidement je suis dit que ça serait plus simple d’avoir un bac littéraire : il y avais plus de filles et c’était plus simple obtenir. J’ai eu mon bac littéraire et je suis parti à Aix-en-Provence dans un Deug de philo parce que c’était aussi un de mes grands intérêts.

Je l’ai avorté au bout de la deuxième année parce que encore une fois je me suis rendu compte qu’être prof de philo ce n’était pas du tout pour moi. Je suis revenu à mes premières amours : l’électronique. J’ai démarré à Marseille un bac pro Mavelec (maintenance audiovisuelle électronique) que j’ai fait en alternance chez Carrefour dans un grand centre où on était plus de 60 personnes avec plus de 4000 opérations de maintenance par mois . Je réparais de la télévision. Le gros avantage de la télévision c’est que ça regroupe : de la BF, de la HF, de la basse tension et de haute tension… Tous les corps de l’électronique sont regroupés la dedans.

J’ai fait une formation de deux ans, j’ai eu mon bac pro et puis j’ai trouvé un boulot dans l’alarme bancaire pour la Caisse d’Épargne. Je m’occupais des alarmes pour la Caisse d’Épargne et de la gestion technique des bâtiments. J’ai fait ça pendant deux ans pendant que ma compagne faisait elle une formation dans la mode. A la fin de sa formation, on a décidé de monter à Paris comme tous ceux qui font de la mode... On est monté à Paris moi je savais pas trop dans quel domaine j’allais réussir à travailler. J’ai assez rapidement trouvé une place à ADP : Aéroport de Paris Sécurité.

J’avais un contrat signé mais le dernier jour du séjour à Paris ma compagne me dit :

- - « Va voir quand même l’ANPE du spectacle, tu es musicien, tu fais de la musique électronique depuis quelques années, tu es bassiste… c’est ta passion en plus de l’électronique. Va voir l’ANPE du spectacle on sait jamais. »

Là bas, j’ai vu l’annonce d’une petite société de revente de matériel audio professionnel qui cherchait un technicien. J’ai appelé et j’ai eu un rendez-vous assez rapidement. Je suis donc allé dans le 15e dans une société que je ne connaissais pas du tout qui s’appelait AREITEC. J’ai rencontré Micheline Martin et Michel Pierre. Il m’a fait passer un petit examen électronique : il a saboté un CMC Schoeps en court-circuitant une capa et m’a dit :

- - Essaye de le dépanner.

J’ai assez rapidement pensé qu’un condensateur chimique en court-circuit c’était assez bizarre pour que je le note et donc je lui dis :

- - « La panne est ici. » Et je l’ai réparé.

C’était un jeudi, je devais rentrer à Marseille le lendemain vendredi soir. A 18 heures, j’ai eu un coup de fil me demandant de repasser le lendemain matin pour passer un autre test. Cette fois il m’a passé un « Stelladat », il m’a dit :

- - Ouvrez le, jusqu’à ce que vous puissiez travailler dessus.

Je n’ai pas très bien compris ce qu’il voulait dire, mais j’ai rapidement compris la bête, et j’ai commencé à le démonter. Le « Stelladat » était assez intéressant car le mettant sur son fond on pouvait ouvrir toutes les parties. Il m’a ensuite donné un schéma et m’a demandé de relever quelques niveaux. Ça s’est plutôt bien passé et il m’a dit :

- - On vous rappelle.

Nous étions prêt à partir, c’était le vendredi pour rentrer à Marseille avec mon contrat chez ADP sécurité. Michel Pierre m’a rappelé et m’a dit :

- - Quand est-ce que vous pouvez commencer ?

J’ai répondu :

- - Dès demain !

- - Eh bien vous attaquez le 3 septembre ».

Voilà comment je suis rentré dans l’audio pro. Je ne savais même pas ce qu’était un micro statique, je connaissais à peine le 48 phantom, je ne connaissais pas la différence entre un statique et dynamique… L’audio pro est quand même un milieu électronique très particulier. Et j’étais embauché chez AREITEC à la maintenance avec toutes les marques qu’on connaît Schoeps, Sonosax, Zaxcom, DAD et NTP, à l’époque. Je me suis donc retrouvé catapulté là-dedans. Le soir je passais des heures à me documenter là-dessus.

Alors maintenant tu es chez DCA ?

J’ai fait sept ans chez AREITEC et je savais que Benoît Guérinot, qui est désormais perchman, quittait son poste de maintenancier chez DCA. On se voyait souvent car DCA est un gros client d’AREITEC pour les consoles Sonosax en particulier. Benoît me dit :

- Michel Durrande cherche quelqu’un, tu as le profil…il en a un peu marre que tu lui factures autant de réparations… il préférerait que tu les fasses directement chez lui !

Donc du coup j’ai vu Michel Durrande, et on a négocié ça. Puis je suis allé voir Michel Pierre et Micheline et je leur ai dit que je changeais de crémerie. Ça c’est tout de même très bien passé avec Michel et Micheline.

Je me suis retrouvé chez DCA à la maintenance particulièrement des Schoeps, des Sonosax et de tout ce qui était technologies numériques : Deva et machine numériques.

 

Gilles Deshays par Dana Farzenahpour©

Qu’est-ce qu’on répare le plus à la maintenance ?

Des câbles. C’est étonnant mais c’est la plus grosse réparation. En terme de temps de travail : ce sont les câbles. On a énormément de casse de câbles et on fabrique beaucoup de câbles. Il y a énormément de casse : vous, les ingénieurs du son vous savez très bien le nombre de comédiens qui vous a cassé une capsule Sanken et DPA… On a des bacs entiers de câbles. Pour le câble micro, on dépasse facilement les 10 km par ans c’est certain.

On a beaucoup de maintenance et de nettoyage de tout ce qui est mécanique c’est-à-dire les fader « Penny and Giles », on a beaucoup de nettoyage à faire par ce que sur les tournages ça morfle : de la poussière s’incruste partout surtout en Afrique. On a vraiment du matériel qui revient remplit de sable : on appelle ça les maracas chez DCA. Le liquide gras pour faire glisser les curseurs des faders accroche énormément les poussières qui conglomère dans un gros pâté bien dégueulasse : démontage complet de la console et nettoyage, ça prend beaucoup de temps.

Après il y a toutes les réparations diverses et variées : les fameuses nappes écran du Cantar X2 (je précise qu’il n’y en a plus sur le X3). On fait beaucoup de réparation et de nettoyage de microphones mais rarement le nettoyage des membranes ; des faux contact sur les micros sur les XLR. Des perches à nettoyer, à réparer énormément. Voilà c’est à peu près l’activité que fournit la maintenance.

Sur le tournage comment pourrait-on éviter une partie de ces pannes ?

C’est très difficile. Vous ne pouvez pas boucher le fader de la console qui est le principal élément mécanique. Donc il y a obligatoirement quelque chose qui rentre dedans. Mais… un peu de soufflette le soir, ça peut être pas mal, ça pourrait être intelligent. Après le reste c’est de la casse : les comédiens vous arrachent les micros cravates, quand ils ne tombent pas dans les toilettes. L’eau douce ça va encore, l’eau salée c’est plus dangereux. Il est difficile de vous donner des conseils pour vous empêcher de causer des pannes.

Est-ce qu’il y a plus de casse avec la nouvelle génération ou l’ancienne génération de chef opérateurs du son ?

En fait la différence c’est que la nouvelle génération utilise beaucoup plus de matériel. Une roulante il y a 20 ans valait environ 40 000 € (en euros actuels). Une roulante complète aujourd’hui va plutôt ver les 100 à 120 000 €. Il y a une explosion de matériel. Dans les réseaux d’ordre par exemple. Avant on prenait deux ou trois Comtec et ça roulait, aujourd’hui il faut une douzaine de retour sons, le client part avec des dizaines de capsules Sanken, une console 8 voies. Le Cantar X3 propose 24 voies et on va s’en servir : les clients sont contents. On met donc des micros partout, on multiplie les pistes. Le matériel augmente donc sur le tournage. C’est la seule différence entre les anciens les nouveaux ingénieurs du son. Je ne veux pas dire que les anciens étaient un peu plus sérieux et protecteurs parce que ce serait peut-être faux. En fait ça dépend beaucoup de la personnalité de chacun.

Il y a des ingés sons qui sont très soigneux et d’autres… Je me rappelle quand j’étais chez Areitec avoir déposé le nom de domaine sondiersale.fr afin de faire un peu de chantage chez les ingénieurs de son pour leur dire :

- La prochaine fois que tu me fais ça je te mets sur le site !

(Rires)

Il y a aussi les pannes intermittentes…

Ah ce sont les pires… Surtout que j’ai une théorie là-dessus : Il y a la loi de Murphy que tout le monde connaît : c’est la première théorie. La deuxième théorie c’est la peur du technicien. Je considère véritablement que le matériel a peur du technicien parce qu’après la panne du tournage, sur mon bureau il n’y a plus la panne. Donc je suppose que les machines ont peur de moi… et des techniciens. Ça c’est pour le côté ésotérique.

La panne intermittente c’est un enfer. C’est un enfer pour nous surtout depuis que le matériel et les composants se sont réduits en taille. On est de plus en plus petit : on travaille de plus en plus à la loupe binoculaire avec un grossissement de 200 fois. Les pannes intermittentes sur des cartes avec des composants qui font 1 mm sur 0,5 mm : il suffit qu’un tout petit composant qu’on voit à peine fasse contact quand la température de la carte est normale et ne fasse plus contacts quand la machine est chaude. Donc on s’amuse à faire chauffer la carte, à la refroidir pour essayer de reproduire la panne. Vous, votre enfer c’est les avions, nous c’est les pannes intermittentes !

Bon des fois les pannes intermittentes c’est nous… de nouvelles fonctions qu’on ne connaît pas, une erreur de réglage,…

Exactement et ça va dans le sens de la complexification énorme qui sévit depuis 10 ans dans le matériel. Vos configurations sont pour un néophyte très compliquées. Vous mettriez quatre heures pour lui expliquer comment ça fonctionne. Avant on prenait un Nagra, un 160, on faisait « rec » et c’était parti. Aujourd’hui il faut se rendre compte de la complexité du matériel. Si vous prenez un Fusion ou un X3 les schémas tiennent sur 50 pages. C’est extrêmement complexe et cette complexification introduit de nouveaux problèmes. Toutes les demandes que vous faites aux fabricants avec des petites fonctions supplémentaires, toutes ces petites fonctions qu’on rajoute complexifient le matériel. Quand je vois les HF Zaxcom avec plus de 100 menus dans les émetteurs... 100 lignes de menu ! Il est fortement probable qu’on se plante un jour. C’est inévitable, le réglage d’une roulante aujourd’hui est incroyable. Les préparateurs mettent au moins trois jours avec l’ingé son pour une installation de roulante complète et pour que tout ça fonctionne bien.

Est-ce qu’il y a des pannes ridicules ou des pannes qui agacent ?

Bien sûr il y a des pannes ridicules ? Je me rappelle plusieurs pannes… Je ne citerai pas les ingés son mais je me rappelle être allé à Levallois-Perret pour switcher l’interrupteur du module numérique de la console Sonosax de 96 à 48, parce qu’il y avait des clics dans l’audio. Ça m’a coûté trois heures de transport pour basculer un interrupteur.

Encore une fois c’est la complexification du système qui pose problème. Il suffit qu’un tout petit interrupteur quelque part soit mal mis et tout est foutu…

Gilles Deshays par Dana Farzenhapour©

Et est ce qu’il y a des pannes plus sympas à réparer que d’autres ?

Pour nos techniciens c’est toujours sympa les pannes. On fait ce métier pour ça : pour le défi, c’est ce qui nous intéresse le défi technique. La recherche, le travail, le temps passé même si des fois on s’arrache les cheveux (quand on en a encore, ce n’est pas mon cas). Ouais, y a des pannes sympas. Y a des pannes faciles à faire. Si vous avez des Sennheiser, des G3 ou des 2000, vous avez tous au moins une fois écrasé un bouton de volume ou un bouton on/off. Ce sont les comédiens qui les mettent dans la poche arrière et qui s'assoient dessus... ça écrase le bouton. C’est une petite panne sympa parce que j’ouvre en 12 secondes le récepteur, on a tellement l’habitude d’en faire, et je change le petit interrupteur très rapidement à la binoculaire. On en fait des centaines. Je trouve ça assez sympa à faire. C’est rigolo.

Et est-ce qu’il y en a qui te résistent ?

Bien sûr, bien sûr il y a plein de pannes qui me résistent. Ça m’arrive très fréquemment. Dans un premier temps j’appelle le fournisseur. J’ai l’avantage avec mon passé chez Areitec, d’avoir un très bon relationnel chez Schoeps, Sonosax, Zaxcom comme chez tous les fabricants d’audio pro. J’ai de fortes amitiés comme avec Cyril de chez VdB et surtout le bureau d'études d'Aaton. Dans son cas, tout de suite c’est l’appel :

- - Cyril, j’ai un 2020 qui pompe, qui déconne qui etc., qu’est-ce que t’en penses ? Est-ce que t’as déjà eu ça ?

- - Euh là ça va être dur…

Parfois j’ai commencé à travailler suffisamment d’heures pour me dire :

- - Mon fournisseur va le faire plus rapidement et fera payer moins cher que ce que je coûte à l’entreprise.

Alors là je bascule sur le fournisseur : on est dans une entreprise commerciale, on a des impératifs financiers. Il faut tout simplement arriver à ne pas trop passer de temps dessus parce que si vous passez deux jours sur une console, il vaut mieux l’envoyer chez le fournisseur. Il connaît bien plus sa machine que nous, il en plus un gros passé de panne. Très souvent les fournisseurs me disent.

- Ah oui….regarde la R123 à côté de C17, tu vas voir qu’elle a cramé ou que sa valeur a changée.

Il y a des pannes qui résistent… Encore une fois la complexification du système rend très difficile parfois l’accès aux pannes et à leurs solutions.

Le matériel le plus fragile : qu’est-ce qui tombe le plus souvent panne ?

Les capsules cravate ce n’est pas une panne : c’est de l’arrachage, du buzz. Finalement de ce que vous utilisez sur le tournage ce sont câbles qui tombent quasiment le plus en panne. C’est pour ça qu’on vous donne du spare à gogo ! Des capsules je sais pas combien on en fait par jour : la prépa nous en envoie des bacs entiers, des petit Tupperware remplis de capsule DPA et Sanken. On en fait une quantité monumentale. Faire une Lemo trois c’est coton, c’est pas simple et difficile à faire : c’est petit il faut être être propre, travailler très précisément, il faut mettre la bonne gaine thermo pour faire un bon serrage de la barrière mais pas trop parce que sinon on fait tourner les câbles à l’intérieur et tout s’arrache. C’est une petite connaissance assez importante. Oui les pannes les plus fréquentes, ce sont les câbles. Les G3 et les 2000 Sennheiser avec ce fameux bouton qui écrase l’interrupteur CMS qui est soudé sur la carte et qui ne revient pas en position. Je crois que je commande entre 30 et 50 petits interrupteurs chez Sennheiser tous les deux mois à peu près.

Donc ce sont surtout les pannes mécaniques : on doit être à 60 / 70 % de pannes mécaniques et le reste c’est de l’électronique.

Et à l’inverse le matériel le plus costaud ? Le X3 ?

(Rires)

On a eu une seule panne sur un des 4 Cantar X3 que l’on a. On pense que c’est un composant qui a lâché, on en est même persuadé. On a eu un problème de 48 phantom qui a disparu sur une voie. A leur défense, il faut bien voir qu’aujourd’hui la qualité de fabrication des composants est beaucoup plus hasardeuse qu’avant. Le marché chinois est rentré là-dedans. Avant quasiment tous les composants étaient japonais, on connaît le sérieux de japonais. On a aujourd’hui de plus en plus de composants chinois avec une difficulté à trouver des composants qui respectent leurs normes. Samsung a eu des procès aux Etats-Unis avec des condensateurs de filtrage 220 V de l’alimentation placé à côté du radiateur de découpage, histoire qu’il sèche vite et que la télé soit morte en deux ans… L’aspect composant est important pour nos configurations.

C’est un détail, mais le MPT 128 de chez Broady Solution, de chez Gaby anciennement Tapages, un ordinateur avec une carte et un écran tactile : on ne l’a jamais réparé. Finalement je ne sais pas ce qu’on ne répare pas et c’est assez logique. Je ne sais pas ce qu’on ne répare pas puisqu’on ne le voit pas. Les microphones, à part les chutes, on ne les répare pas énormément. Tout le reste c’est plus de la maintenance que de la panne : une console ça tombe rarement panne mais il faut le nettoyer donc on les voit passer. Sinon tout ce qu’on peut louer et qui part sur un tournage on le voit revenir un jour ou un autre…

Est-ce qu’il y a une accélération du matériel qui tombe en panne. Par exemple les Cantars au début et maintenant ?

Bien sur, c’est la vieillesse mécanique. On a tous eu pas mal de soucis avec les contacts des mollettes d’enregistrement du Cantar qui partaient en REC toute seule. C’est simplement de la mécanique, ces molettes là. Elles utilisent des composants qui sont des petits cônes métalliques avec des billes et des ressorts métalliques qui viennent frotter sur des pistes concentriques. On donne des ordres, on appuie sur bleu + une touche qu’on appuie sur la molette. Donc on vient écraser ces petites billes. A force les petites billes restent en retrait et ne viennent plus toucher ces pistes. Puis c'est la vieillesse qui engendre la panne de la limande d’écran. Le fait de monter et de descendre l’écran tout le temps, fait qu’au bout d’un moment il y a une cassure qui se crée. Aaton a essayé beaucoup de solutions et on a finit par trouver la solution en passant dans un autre matériau beaucoup plus souple qui n’a pas tendance à se plier. Depuis qu’on a eu la nouvelle limande, on a plus de problèmes.

 

Gilles Deshays par Dana Farzenahpour©

Est ce qu’il y a des tics chez les preneurs de son qui t’agacent ?

Bon, on va régler nos comptes : apportez moi une piscine, des bikinis et de la boue et on va faire un p’tit combat. (Rires). Le truc qui me fait rire mais c’est plus une boutade c’est

- - Gilles j’ai un problème.

Je réponds alors :

- - Moi aussi j’ai un problème et je vous emmerde pas avec...

- Bon c’est plus une galéjade qu’autre chose entre les ingés sons et moi. (Rires)

Ce qui me gêne avec les ingés son c’est le manque de sérieux dans le nettoyage et dans le stockage. Je vois arriver des roulantes parfois avec 14 émetteurs HF Wisycom en vrac dans un tiroir. Et ça arrive plus fréquemment que ce qu’on croit. Nous sommes loueurs : c’est notre matériel pas le leurs. Je suis certain que si c’était le leur, payé avec leurs deniers, il ne le mettrait pas comme ça dans un tiroir…Voilà. Ça ce sont des petits tics qui m’énervent beaucoup mais encore une fois je ne pense pas que les propriétaires de matériel soit aussi négligent.

Il y a aussi autre chose qui m’énerve c’est quand le matériel arrive sale. Quand on va chez le docteur on prend une douche avant. Quand on va chez le dentiste on se lave les dents. J’ai du matériel qui arrive parfois dans un état vraiment dégueulasse. Que des miettes de pain rentre dans une tranche de console par le jour des fadeurs, on ne peut rien y faire mais … Si vous arrêtiez de manger au-dessus de la roulante ça serait pas mal. Ça me fout hors de moi. Quand je trouve des miettes de pain à l’intérieur des consoles, j’ai une toute petite tendance à m’énerver. Quand je vois des capsules micros Sanken qui sont toutes tournicotées comme ça, bien écrasée… ça m’énerve parce que au bout d’un moment le cuivre de protection autour des câbles à l’intérieur va se plier, se pincer, se découper. On va avoir des frottis frotta, des fffrrtt dès qu’on va toucher la capsule. Ça ce sont des tics qui m’énervent chez les ingés sons.

Après je comprends vos impératifs temporels : vous tournez demain, il vous faut quelque chose. C’est tout, c’est comme ça et c’est notre métier. Nous on a un métier en tant que maintenancier pour lequel on a pas le droit à l’erreur. On ne peut pas vous faire partir avec du matériel qui ne marche pas. Que vous nous le cassiez après c’est au autre chose mais il faut absolument que ça fonctionne. Nos préparateurs sont là pour veiller au grain mais encore une fois la complexité des systèmes fait qu’on passe parfois à côté de certaines pannes.

On n’a pas toujours le temps de tout tester. Quand vous montez une console Sonosax SXST8D avec 16 récepteurs HF pour l’écoute, 8 émetteurs HF, trois perches, un retour vidéo en HF, un retour vidéo pas HF, des antennes déportées, un système AB à 5 mètres derrière… il faut se rendre compte de tout ce que le préparateur va devoir checker. C’est une config monstrueuse en fait. Vous c’est votre outil de travail de tous les jours mais le préparateur il vient nous voir en disant :

- - J’ai un problème sur un HF.

Je le checke, je le répare si il y a lieu, je lui rend et puis il faut qu’il remette ça en config et qu’il reprenne le temps de vérifier. Donc c’est toujours un peu la course mais ça va dans le sens de vos impératifs encore une fois. J’ai un peu besoin de cette petite pression, c’est un petit peu ça qui fait vivre : on a besoin de ça pour avancer pour avoir un peu la niaque, quoi. Sinon je serai resté dans la télévision chez Carrefour !

Et l’eau ou le coca dans les machines ?

Café, coca, alcool divers - on le sait car on le sent. J’ai eu les araignées aussi dans des consoles Sonosax. J’ai déjà vu des cafards dans une grosse alim de console car les cafards aiment la chaleur, il faut savoir. Ça me rappelle le début de ma carrière chez Carrefour : quand on ouvrait une télé on avait une bombe anti cafard à la main parce qu’ils adorent se mettre dans une télé. Une télé cathodique c’était toujours très chaud.

J’ai eu beaucoup d’insectes, des araignées vivantes, des cotons-tiges… en fait on trouve pas mal de choses en nettoyant le matériel.

Ça a du te plaire des araignées vivantes ?

Oui pour ceux qui me connaissent et qui connaissent mon surnom ça va un petit peu dans mon sens.

Oui et ton surnom alors ?

« Tête de mort » et c’est très, très simple. Il y a deux Gilles à DCA il y a Gilles Gestin qui était repiqueur et qui est désormais à l’accueil et moi. On sait que j’écoute beaucoup de métal, beaucoup de musiques extrêmes. Je suis un grand fan de films d’horreur, je collectionne beaucoup de têtes de mort. Et quand je suis arrivé chez DCA, j’avais des boucles d’oreilles avec des têtes de mort dessus. Mon surnom est donc venu très vite : tête de mort. Ça ne me dérange aucunement, au contraire. Tous les ingés sons et les régisseurs de Paris viennent et demandent « tête de mort » : c’est plus simple comme ça. Parce que « Gilles » sinon il faut chercher dans le bureau lequel des deux Gilles. « Tête de mort » c’est plus simple (rires).

 

Gilles Deshays par Dana Farzenhapour©

Quel est ton rapport avec le cinéma ?

Est-ce que tu suis les films dont tu as entendu parler pour le tournage, est-ce que tu suis le travail des ingés sons ?

Je suis sensible quand je vois un film au cinéma et que je sais qui a fait le son : je sais comment il travaille puisque je maintenance son matériel donc je sais comment il bosse, je sais qui a fait le mixage. Ça me permet de faire un lien entre la personne et le film. Mais je ne vais pas aller voir le film parce que c’est quelqu’un que je connais qui en a fait le son.

Je ne vais pas voir beaucoup de films au cinéma parce que je trouve ça extrêmement cher et je trouve le niveau extrêmement fort. Ça c’est un autre point très important : on a tendance à saigner les oreilles dans les cinémas de Paris aujourd’hui (je me plains à chaque fois à chaque cinéma du niveau sonore). Tout ça pour 11, 12 ou 13 €, et sans compter les pop-corn qui devraient être interdits dans les salles. Donc du coup j’ai une relation avec le cinéma qui est un petit peu particulière pour quelqu’un qui travaille dans le cinéma.

Je suis un gros collectionneur de DVD de films d’horreur : j’en ai un paquet et je suis très bien équipé en son et en images à la maison. J’ai tendance désormais à préférer me refaire des films plutôt que d’aller voir des nouveautés. Je ne suis pas film de genre français : c’est pas mon style même si ça m’arrive d’en regarder quand ça passe à la télé et de prendre du plaisir. Par contre, je ne rate jamais un Audiard quand ça passe. C’est une obligation pour moi ça, c’est pour la gouaille, pour l’écriture parce que j’aime l’écriture. J’ai fait de la philo et j’aime beaucoup la poésie et la BD. Certains d’ailleurs me paient en BD… Mais… Ne le dites à personne ! (Rire).

 

Propos recueillis par Vincent Magnier.

Photos Dana Farzenhapour©

 

 

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