État des lieux des productions et tournages
Le lundi 27 avril, à l’initiative de l’ARA (Association des assistants réalisateurs associés), s’est tenue une rencontre consacrée à un état des lieux des productions et des tournages de films.
Animée par Stéphane Bedin (délégué général adjoint de la Ficam), Cécile Prévost (direction des Affaires sociales chez Audiens), Arnaud Roland (directeur adjoint du numérique au CNC), ainsi que Louise Rocabert et Nicolas Yassinski (délégués généraux du Spiac-CGT), cette table ronde a réuni 21 organisations professionnelles. À noter toutefois l’absence du représentant de France Travail, qui a du décliner l’invitation sur demande de sa direction.
1. LE CONSTAT
Le constat principal est sans équivoque : le secteur semble solide sur le papier, mais la réalité du terrain raconte une autre histoire. Les indicateurs globaux restent relativement positifs, mais masquent un décalage croissant avec les conditions de travail et l’emploi.
Ainsi, le nombre de salariés dans la production cinématographique (tous postes confondus) a reculé de 9,3 % entre 2023 et 2024, tandis que la production audiovisuelle enregistrait une baisse de 6,8 % sur la même période. Paradoxalement, le nombre de films agréés par le CNC a continué d’augmenter entre 2022 et 2024, atteignant une moyenne d’environ 300 films par an, avant de fléchir en 2025.
Dans le même temps, le volume des dépenses des productions françaises atteint aujourd’hui 3 milliards d’euros, soit le double de 2015. Une progression en trompe-l’œil, toutefois, car elle s’accompagne de fortes disparités selon les secteurs et d’une visibilité très limitée d’une année sur l’autre, notamment en ce qui concerne l’articulation entre productions nationales et internationales.
Cette situation s’explique en grande partie par une recomposition du tissu des productions : les films à plus de 7 millions d’euros sont en nette augmentation, tandis que les films dits « du milieu » ont chuté (35 % du marché), et que les productions à moins de 4 millions d’euros se maintiennent. Résultat : moins de films, moins d’emplois, mais des budgets plus élevés, ce qui donne l’illusion d’un équilibre global.
L’année 2025 illustre particulièrement cette tendance, avec un niveau record de films compris entre 7 et 10 millions d’euros, parallèlement à une baisse de 7 % de l’emploi des intermittents du spectacle. Le SPIAC souligne également une baisse moyenne de 13 % du volume d’heures déclarées chez les intermittents en 2025. Dans le même temps, il alerte sur une augmentation significative du travail non déclaré, particulièrement marquée dans les départements de la décoration et de la production.
Autre évolution notable : le financement des films devient de plus en plus complexe, repoussant souvent les décisions d’entrée en production à la dernière minute. Ce phénomène a des conséquences directes sur l’activité : le nombre de semaines de tournage en France au premier trimestre 2026 est en recul de 30 % par rapport au dernier trimestre 2025.
La durée moyenne des tournages suit la même trajectoire. Un long métrage se tourne aujourd’hui en 33 jours, contre 36 jours avant la crise sanitaire, et près de deux semaines et demie ont été perdues en dix ans.
Du côté des diffuseurs, la pression s’intensifie également. Les groupes audiovisuels traditionnels voient leurs recettes publicitaires fortement concurrencées par les plateformes numériques, à l’image de YouTube, qui a généré 40 milliards de dollars de revenus publicitaires en 2025, contre 1,8 milliards pour TF1.
Quelques motifs d’espoir ont néanmoins émergé au cours de cette rencontre. La fréquentation des salles affiche une hausse de 20 % sur les quatre premiers mois de 2026 par rapport à 2025, et quelques signaux des productions laissent entrevoir un possible rebond de l’activité au second semestre.
Par ailleurs, le fait que la France se maintienne à la troisième place des investissements dans les films oscarisés suggère une certaine stabilité sur le marché international.
Néanmoins, ces signaux positifs ne suffisent pas à dissiper les inquiétudes. Jean-Loup Chirol, représentant du SNTPCT, alerte sur une véritable crise à venir, pointant notamment la pression croissante exercée par les investisseurs sur le modèle de production français, et sur l’urgence à mutualiser nos forces pour soutenir les capacités d’investissement de la production.
2. LES CAUSES
Le contexte économique et structurel est fragilisé, face aux incertitudes politiques, aux réformes en cours et à la baisse de certains financements, ce qui rend l’ensemble du système moins stable.
Sur le terrain, les conditions de production se dégradent : équipes plus réduites, délais de production raccourcis et recours accru à des profils moins expérimentés, au détriment de la qualité et de la diversité des projets.
Le marché du travail est de plus en plus déséquilibré, avec trop de candidats pour peu d’emplois, ce qui accentue la précarité et la concurrence entre techniciens.
Enfin, le secteur est en pleine transition post-COVID et technologique, marquée par des mutations rapides (essor de l’IA, évolution des formats), qui bouleversent les pratiques et les repères établis.
Arnaud Roland souligne qu’il n’existe désormais plus de consensus politique, économique et populaire autour du rôle redistributif du CNC dans le financement du cinéma. Dès lors, une question centrale émerge : comment réinventer un outil de redistribution adapté au secteur ?
Une telle évolution ne semble envisageable qu’à condition de préserver une dynamique de marché suffisante, indispensable pour alimenter et légitimer ce modèle de redistribution.
3. QUELLES SOLUTIONS ?
Sur le long terme, il s’agirait évidemment de repenser le financement des productions de films, et en ce sens, cela signifierait :
- Conditionner les aides publiques
- Réviser le système du crédit d’impôt
- Soutenir davantage les films du « milieu »
- Impliquer davantage les diffuseurs et les plateformes
- Mieux réfléchir au coût du ticket / plateformes
- Encourager l’innovation tout en encadrant l’IA
A court terme, il s’agirait de mieux sécuriser le parcours des intermittents (droits, aides), d’encadrer et d’améliorer les formations, et renforcer la coordination entre les institutions et les professionnels.
Ce premier débat donnera lieu à d’autres rencontres, nous ne manquerons pas d’y être présent.
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