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Pierre BEZARD
19 décembre 2021
L’impact carbone de l’industrie audiovisuelle

L’impact carbone de l’industrie audiovisuelle

D'après l'«Étude environnementale multicritère et prospective du secteur audiovisuel» - novembre 2020 - Écoprod et Workflowers téléchargeable ici.

En novembre 2020 est parue une vaste étude réalisée par la société Workflowers pour le collectif Écoprod (depuis devenu une association). Cette étude cherche à comprendre précisément l'impact carbone de l'industrie audiovisuelle française, prise au sens large (télévision, cinéma, DVD, streaming…).

  • Dans quelle mesure ce secteur est-il plus polluant que d'autres industries ?
  • Qu'est-ce qui pollue dans la création / diffusion d'une œuvre audiovisuelle ?
  • Comment nous situons-nous par rapport à d'autres pays ?
  • Et quelles sont les perspectives d'amélioration ?

Ce document, très complet (et complexe…!), la commission Environnement de l'AFSI a tenté de le vulgariser dans cet article pour en faciliter la lecture par tous ceux que le sujet intéresse !

Introduction :

1) Qui sont les auteurs du rapport  ?

  • Écoprod
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C'est un collectif (devenu une association à but non-lucratif en juillet 2021) créé en 2009 par l’ADEME, AUDIENS, la Commission du Film d'Île de France, DIRECCTE IDF, France Télévisions, TF1…

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D'après son site, Écoprod «a pour ambition de faire avancer et de fédérer tous les acteurs du secteur audiovisuel français en les engageant dans des pratiques environnementales responsables.

Son but est de former, de sensibiliser, et de mettre à disposition des professionnels dans toute leur diversité de taille et de métier, des outils et des guides afin de les aider et de conseiller au mieux dans leur démarche éco-responsable.»

Pour plus d'informations sur Écoprod : https://www.ecoprod.com/fr/

Exemple de travaux : création du calculateur carbone «Carbon’clap», d’un «Guide de l’éco-production», de «fiches 5 actions» pour sensibiliser directeurs de production et régisseurs à l’éco-tournage...

  • Workflowers
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Fondée en 2006, Workflowers se décrit comme «une société d’ingénierie qui accompagne l’industrie audiovisuelle vers un modèle plus soutenable. Workflowers propose des services d’audit, conseil, co-design et accompagnement dans les changements techniques et opérationnels.»

Pour plus d'informations : https://www.workflowers.net/

L’auteur de l’étude est Benoît Ruiz, avec l’aide de Cédric Lejeune comme contributeur et relecteur.

2) Aspects méthodologiques : peut-on lire cette étude en confiance ?

Pour autant que nous ayons pu en juger, les auteurs se sont appuyés sur les chiffres issus des études les plus sérieuses et les plus récentes, répertoriées dans les 5 pages de bibliographie qui concluent l’étude.

Il est précisé que les calculs sont parfois arrondis et simplifiés pour une meilleure lisibilité.

Attention, le terme «secteur audiovisuel» est utilisé dans ce document avec un sens large englobant le Cinéma, les services TV dans leur ensemble et les industries techniques.

Le terme soutenable est utilisé comme un synonyme de durable.

Les principaux flous autour des chiffres proviennent du manque de données précises concernant l’audiovisuel français. Outre l’Hexagone, l’étude se penche donc également sur le cas du Royaume-Uni et de l’Allemagne qui disposent de davantage de données.

Les références de paginations du présent article renvoient au rapport lui-même.

Par ailleurs les émissions de gaz à effet de serre sont exprimées en «tonnes CO2eq» (comme dans la littérature scientifique), c'est-à-dire que les différents gaz concernés (méthane, CFC ou autres) sont tous convertis en tonnes de dioxyde de carbone (CO2) selon leur potentiel de réchauffement. Par exemple, le méthane ayant un potentiel de réchauffement global 28 fois supérieur au CO2 sur une durée de 100 ans, on convertira une tonne de méthane en «28 t CO2eq».

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3) Si je n'ai pas envie de tout lire : que retenir de cette étude ?

  • À notre connaissance, c'est actuellement l'étude la plus complète fournie sur ce sujet.
  • Sa lecture montre que la problématique de la pollution engendrée par l'audiovisuel français est complexe, multiformes, et qu'il est important de manier les données chiffrées avec précautions.

Par exemple, selon les chiffres qu'on choisit, on peut croire que l'audiovisuel français est nettement plus polluant que son équivalent anglais… ou au contraire, que les Français sont dans la moyenne ! Voir plus bas paragraphe III.

  • La France souffre d'un manque cruel de données chiffrées (p.69 du rapport : «En France nous n’avons pas de jeux de données semblables et les études sur l’empreinte carbone du secteur pâtissent de ce déficit flagrant de données»), notamment car le calculateur carbone n’est pas encore obligatoire sur les tournages (le CNC est en passe d’y remédier). L'étude est donc obligée d'emprunter des données à nos voisins anglais et allemands.
  • L’audiovisuel au sens strict n’est pas un secteur extrêmement polluant (voir graphique ci-dessous extrait de la p.83 du rapport : avec 315 000 tonnes CO2eq émises en 2018, soit 0,94 % des émissions nationales, le secteur se plaçait au 50e rang des industries hexagonales, entre la fabrication de meubles (49e) et les télécommunications (51e)). Le problème, c'est que son impact n’est pas en diminution, autrement dit la transition écologique du secteur reste entièrement à faire. De plus, c’est un domaine qui a une forte influence sur le public et donc doit être exemplaire (cf. l’Avant-propos p.2).
  • Par ailleurs, l'empreinte étendue du secteur, c'est-à-dire son impact total (incluant aussi bien la fabrication des téléviseurs du grand public que le déplacement des spectateurs pour se rendre au cinéma), est beaucoup plus importante : elle ferait grimper les émissions de l'audiovisuel français de 315 000 t CO2eq à 10 millions de tonnes ! En cause : l'impact de la fabrication de TV, ordinateurs, tablettes, et le streaming.
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  • Le poste le plus polluant dans la création d’un film = le tournage, et notamment les transports et logements.
  • Du côté des solutions : le rapport donne quelques pistes inspirées notamment par les exemples britanniques et allemands :
  1. Réorganisation du processus de production en prenant davantage en compte la pollution des transports, la gestion des déchets, l'économie d'énergie, le recyclage ou la réutilisation des décors…
  2. Utilisation de nouvelles technologies permettant par exemple de réduire la consommation d'électricité des machines, ou d'éviter l'utilisation de sources d'énergie polluantes (batteries pour remplacer les groupes électrogènes par exemple)
  3. Recherche d'une sobriété dans l'utilisation des technologies, notamment numériques : éviter le recours systématique aux serveurs, utilisation proportionnée des outils informatiques et des images très haute résolution, etc.
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I. Le contexte de publication du rapport : la prise en compte de la situation environnementale mondiale

Les activités humaines depuis la révolution industrielle du XIXe siècle génèrent de grandes quantités de gaz à effet de serre (GES) et notamment de dioxyde de carbone (CO2), qui entraînent un réchauffement mondial du climat, aux conséquences globalement négatives pour la vie sur Terre. Et ce, à l’échéance de quelques décennies.

Sans réduction drastique de nos émissions de GES (scénario BAU : «Business as usual» dans les modélisations), la température globale moyenne sur Terre aura augmenté de 4°C en 2100.

Les conséquences prévues d’un tel réchauffement sont : la montée du niveau des mers, des phénomènes climatiques extrêmes, des migrations climatiques dues à ces phénomènes, la baisse des ressources en eau potable, la diminution de la biodiversité etc.

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En 2021 les températures ont déjà globalement augmenté de 1,1°C.

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Pour donner un ordre d'idée de l'évolution en cours : on sait déjà qu’en 2050 en France les températures auront remonté de 500km vers le Nord (on aura donc en Normandie le climat actuel du bordelais).

I.1) En 2015, les Accords de Paris sur le Climat

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Jugeant les conséquences du réchauffement inquiétantes, 200 pays ont signé en 2015 l’Accord de Paris à l’occasion de la conférence de l’ONU dite «COP21».

L’objectif : limiter à +2°C max le réchauffement en 2100, si possible +1,5°C.

L’enjeu est de taille: pour respecter cet objectif, la baisse de gaz à effet de serre (GES) doit être de 2,16 % par an de 2020 à 2030 (cf. p.13 du rapport). Soit -32,42 % en 2030 par rapport à 2020.

À titre de comparaison l’arrêt de l’activité dû au confinement en 2020 a engendré en France une baisse des émissions de 10 à 12 % d’après le ministère de la transition écologique.

La figure ci-dessous indique les rejets actuels de GES dans l'atmosphère (courbe noire) et trois évolutions possibles : une évolution bleue correspondant aux politiques actuelles, une évolution jaune respectant l'objectif des +2° max, une évolution verte respectant l'objectif des +1,5° max.

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Bien que l'Accord de Paris soit non-contraignant (et que d'ailleurs, jusqu'à présent il n'ait pas été suivi d'effets concrets), les auteurs de l'étude intègrent cette exigence de réduction des émissions de GES de 30% comme un objectif pour l'audiovisuel. Ils estiment que le secteur, comme les autres industries, doit se préparer à faire sa part en cherchant à réduire ses émissions… ne serait-ce que pour anticiper d'éventuelles réglèmentations futures à ce sujet.

I.2) Le cas du secteur audiovisuel français

Poids économique du secteur : en 2019, télévision + cinéma + jeux vidéos = 1 % du PIB français.

124 000 emplois en cinéma.

93 000 dans la télévision, animation, jeux vidéos.

C'est un secteur en perpétuelle mutation, avec une évolution importante des technologies utilisées comme des supports de diffusion. Le graphe ci-dessous montre ainsi, entre 2010 et 2019, la forte baisse du marché de la vidéo physique (DVD, Blu-Ray, en bleu) face au marché de la vidéo en ligne (en vert).

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C'est par ailleurs un secteur protéiforme, au contact de nombreux autres domaines d'activités.

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C'est enfin un secteur qui a un fort pouvoir de séduction (donc d'influence) sur le public : cf. les controverses liées au placement de produit, et à l'image des femmes, du tabac, des armes, ou de la violence, qui sont véhiculées par les films.

I.3) Prévisions sur l'impact futur

La question des ressources : l’industrie audiovisuelle est grosse consommatrice de ressources (énergie, et métaux rares pour la fabrication du matériel), alors que les prix de ces ressources vont très probablement augmenter dans les années qui viennent (à cause notamment de la rareté de ces ressources et de la hausse de la demande).

De plus, l'étude estime que les émissions de GES du secteur devraient baisser de -23,77 % de 2020 à 2030 pour respecter l'Accord de Paris.

Pour donner un ordre d'idée en raisonnant par l'absurde : cela signifie que si notre secteur voulait réduire suffisamment ses émissions d'ici 2030, mais sans changer les façons de faire actuelles, il serait amené à réduire ses activités (cf. p.55) :

-les films d’initiative française passeraient de 219 (2019) à 167 (2030)

-le devis moyen d’un film d’initiative française passerait de 3,76 M€ à 2,86 M€

-le nombre d’emplois total serait réduit de 24 % !

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II. L’impact environnemental de l’audiovisuel en France

II.1) L'audiovisuel, un secteur polluant ?

Comme vu quelques paragraphes plus haut : en 2018, les émissions de GES de l’audiovisuel en France étaient de 314 825 tCO2eq (0,094 % du total national).

À titre de comparaison, un Français génère en moyenne 4,56 t CO2 eq par an (mais 10,5 t si on inclut les émissions associées aux importations). Il faut donc entre 30 000 et 69 000 Français pour émettre autant que l’AV.

Attention c’est pour la France seulement (n’inclut pas le tournage des films à l’Étranger par exemple).

L’audiovisuel polluait plus que le secteur des communications (299 118 tCO2 eq) mais moins que la fabrication de meubles (338 017), et bien moins que l’agriculture : 85.961.283 tCO2 eq (273 fois plus, 26 % des émissions du pays).

L’audiovisuel est le 50e secteur d'activité de France par ordre d’impact carbone.

MAIS notre secteur est l’un des rares en France dont les émissions de GES ne baissent pas depuis 2009. L’audiovisuel a donc du retard sur d’autres secteurs.

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II.2) Qu’est-ce qui pollue dans nos métiers ?

L’estimation de l’impact français souffre du manque de données, d’où l’extrapolation en partie de données anglaises (les films anglais utilisent un calculateur carbone pour évaluer leur impact, c'est-à-dire que la production remplit un tableau avec les données de production et post-production du film : trajet parcouru par les camions, électricité consommée, etc.).

Par ailleurs l’impact total varie beaucoup selon le type de projet (une fiction lourde de plus de 80M€ génère environ 2840 tCO2eq en Angleterre contre 44 à 107 tCO2 eq pour un téléfilm standard et 13 t en moyenne pour un documentaire) :

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Ci-dessus : impact carbone de différents types de projets en 2017. Chiffres anglais du consortium «Albert».

Cependant, cet impact semble suivre toujours ces 2 règles :

[ transport équipement + transport matériel + hébergement ] > 50 % de l’impact total.

L’essentiel des émissions associées à un projet est due au tournage

Cet impact n’est donc pas lié à certains corps de métiers plutôt que d’autres. Ainsi, si les régisseurs sont plus exposés car ce sont souvent eux qui organisent les transports et la logistique, leur travail est avant tout au service du reste de l'équipe…

II.3) Estimation de l'empreinte étendue de l'audiovisuel / cinéma

Le rapport tente d'estimer l'empreinte étendue du secteur : c'est-à-dire l'ensemble de toute la pollution qu'il génère directement et indirectement. Le calcul prendra ainsi en compte le déplacement en voiture des spectateurs vers leur cinéma, l'impact de la fabrication des téléviseurs du public, l'électricité consommée par les serveurs informatiques pour streaming, etc.

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Ses conclusions :

● Cette empreinte est bien sûr difficile à calculer précisément.

Impact le plus lourd = la fabrication des équipements de visionnage de films (TV et ordinateurs, tablettes etc) : 8 770 822 tCO2 eq. C’est 28 fois plus que pour le secteur AV au sens strict (315 000 t) !

● Estimation de l’impact du streaming vidéo (p.94-98) = 957 730 tCO2 eq, soit 3 fois plus que l'audiovisuel au sens strict.

● Estimation de l’impact du déplacement des spectateurs au cinéma (2019) = 268 740 tCO2 eq.

● Estimation de l’impact du fonctionnement des TV (énergie) = 162 225 tCO2 eq.

● Estimation de l’impact des DVD / Blu Ray = 2039 tCO2 eq. (p.99)

Soit une empreinte étendue du cinéma / audiovisuel en France = 10 476 381 tCO2 eq, plus de trente fois l’empreinte au sens restreint.

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II.4) Analyse des causes de l’empreinte étendue : fabrication des équipements, streaming

La fabrication des équipements :

Cf. Fiche AFSI : Matériel électronique et pollution.

● La fabrication de matériel électronique (smartphones, disques durs, téléviseurs, ordinateurs) est une activité extrêmement polluante et qui cristallise de nombreux problèmes : environnementaux mais aussi économiques, éthiques et géopolitiques.

● En cause : le besoin en ressources. L’extraction et le traitement des métaux nécessaires génère une pollution importante (consommation d’énergie, dégradation des sols...) et une grande quantité de déchets.

● Une fois obsolètes, ces appareils finissent à la poubelle. La loi européenne impose théoriquement de les valoriser (recyclage), mais le manque de prestataires et des questions de coût font que les gestionnaires de déchets européens en laissent partir un tiers (illégalement) vers des décharges à ciel ouvert en Afrique de l’Ouest, Inde et Chine.

● Les appareils électroniques nécessitent un grand nombre de métaux souvent peu recyclés, et dont la production est concentrée dans quelques pays (notamment la Chine).

● Cette situation peut conduire à des tensions politiques, au point que l’UE cherche à relancer la production de certaines «terres rares» sur son territoire pour être moins dépendante d’éventuelles pressions chinoises.

Impact du streaming vidéo - la pollution numérique

Cf. Fiche AFSI : La pollution numérique

● On a tendance à l'oublier : internet pollue ! Si internet était un pays, il serait le 3e plus gros consommateur d’électricité et le 6e plus pollueur du monde.

● En cause : le besoin en matières premières, la consommation d’énergie des ordinateurs, des réseaux, et celle d’infrastructures comme les data centers. Ceux-ci sont souvent situés dans des pays où l’électricité est produite au charbon, pétrole ou gaz (et où il fait chaud, d’où : d'importants besoins en climatisation)

● Dans nos secteurs : la consommation de vidéos en ligne, avec des résolutions toujours plus lourdes, devient un vrai problème environnemental.

● Les data centers doivent 50 % de leur impact environnemental à leur fabrication (cf. un rapport du Sénat : «100 millions de téléphones portables usagés»), mais ne polluent pas tant par leur fonctionnement grâce aux progrès réalisés dans l’efficacité énergétique de ces structures (cf. p.96 du rapport).

● Les datas centers situés en France polluent moins car l’énergie française est largement décarbonée (elle est surtout d'origine nucléaire). Mais le hub européen des data centres est situé en Irlande, où l'énergie est plus polluante.

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(CDN (Content Delivery Network) = réseau de diffusion de contenu en français, soit un ensemble de serveurs situés à des emplacements différents et mis en réseau via internet)

● Selon le collectif Green IT les impacts du réseau se concentrent surtout dans la boucle locale, c'est-à-dire «le dernier kilomètre», car chaque foyer possède sa propre box et chaque entreprise possède ses propres passerelles réseau.

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● Le stockage et la consultation des vidéos en ligne sont de + en + gourmands : à chaque fois ce sont en fait non pas une mais plusieurs versions de la vidéo qui sont stockées (avec différents formats...), et les résolutions proposées sont toujours plus lourdes.

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II.5) Pollution numérique : une sobriété énergétique en trompe-l'œil ?

  • Les entreprises du numérique soulignent que le «coût carbone» du Giga octet, comme la consommation électrique des infrastructures, ont fait d’énormes progrès en quelques années.
  • De fait, des gains énormes d’efficacité énergétique ont été faits pour les data centers : ainsi on a 2 fois plus de data centers en 2021 qu’en 2015, mais la consommation d’électricité associée est restée stable.
  • Toutefois d’une manière plus globale, ces progrès ne peuvent pas suivre la hausse de la demande en quantité de données : le progrès technique n’empêche pas une hausse constante de l’énergie et des matériaux demandés, donc de la pollution.
  • Autrement dit, le paradoxe (qui n'est pas sans rappeler le paradoxe de Jevons) est que l'heure de streaming n'a jamais été aussi peu polluante ; et pourtant le streaming n'a jamais autant pollué qu'aujourd'hui. Une bonne raison pour se poser la question de la sobriété numérique ?

Le cas du déploiement de la 5G : Les promoteurs de la 5G vantent son gain énergétique. En effet alors qu’une antenne 4G émet constamment dans toutes les directions, une antenne 5G est censée émettre le signal uniquement quand c’est nécessaire, vers les terminaux concernés (p.102). Pourtant, une ville chinoise comme Luoyang débranche certaines stations 5G la nuit car elles induisent une trop forte pression sur le réseau électrique. Par ailleurs, le déploiement de milliers d’antennes 5G en France va encore générer une consommation de ressources rares… La question est donc : dans quelle mesure a-t-on besoin de cette nouvelle technologie ?

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III. Quel impact de l’audiovisuel chez nos voisins ? Comparaison avec la Grande-Bretagne et l’Allemagne

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  • Une prise de conscience plus avancée en Allemagne et surtout en Grande-Bretagne.
  • Des chiffres éloquents… mais à manipuler avec prudence :

* en 2017 l’audiovisuel anglais générait 216 569 t CO2 eq soit 32 % de moins qu’en France, pour un poids économique plus important (170 000 emplois directs contre 134 000 en France) (p.76).

* mais cette différence s’explique en partie par un modèle économique différent : les Anglais produisent moins de films, mais à plus gros budget.

Ainsi en 2019, les Anglais ont produit 240 films et les Français 222. Le budget d’un film anglais était en moyenne 11 % + élevé que pour un film français.

* rapporté au budget ou mesuré à l’heure de programme produit, la différence d’impact n’est pas aussi importante, voire en faveur des productions françaises…

En 2019 1h de fiction TV anglaise avait un impact de 44 tCO2eq contre 24,35 tCO2eq pour 1h de fiction TV française.

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III.1) En Grande-Bretagne : de nombreuses mesures mises en place

  • Politique volontariste des acteurs (BBC, British Film Institute, Film London, studios Pinewood)
  • Mise en place d’une norme «tournage durable»
  • Développement dès 2011 du métier d’«éco-référent.e» ou «éco-manager» (green-runners) sur les tournages pour sensibiliser les équipes et réduire l’impact environnemental
  • Développement d’un écosystème à impact réduit, allant du matériel proposé par les loueurs à des systèmes d’archivage neutres en carbone, en passant par des transports électriques pour acheminer le personnel sur les décors.
  • Une intégration des exigences environnementales dans une mentalité du «business» :

‘If the UK film industry can become a leader in sustainability then we will have a real competitive advantage internationally for years to come.’

(«Si l’industrie du film du Royaume-Uni peut devenir un leader du développement durable alors nous aurons un avantage compétitif réel sur nos concurrents, à l’international et pour les années à venir.»)

John Woodward, CEO du UK Film Council, 2010

III.2) Gros plan sur les actions de la BBC

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Cette démarche sera également obligatoire pour les producteurs extérieurs ou étrangers souhaitant travailler avec la BBC.

III.3) L'audiovisuel anglais, plus vertueux sur le papier… mais plus polluant dans les faits?

On l'a vu plus haut : malgré tous les efforts environnementaux des Anglais, une heure de fiction TV anglaise reste plus polluante qu'1 h de fiction TV française (44 tCO2 eq contre 24,35 tCO2 eq).

Le rapport n'explique pas ce différentiel, mais nous avons cherché à proposer quelques pistes :

  • Tout d'abord, il faut rappeler que l'électricité en Angleterre est encore largement produite à partir d'énergies fossiles (gaz), et que le kWh y est donc plus polluant qu'en France.
  • Par ailleurs, les films et programmes anglais ont globalement plus de budget qu'en France : ils emploient davantage de personnes, qu'il faut faire venir, nourrir, voire loger. Ces programmes plus «lourds» utiliseront peut-être aussi plus de décors qu'il faudra construire, etc. Tout cela fait augmenter l'impact du produit final, malgré les efforts d'éco-production réalisés durant sa conception.
  • Les actions en faveur de l'environnement ne se traduisent pas toutes en gains «chiffrés» sur l'impact carbone : par exemple des efforts portant sur les déchets, pour mieux les recyler ou éviter qu'ils finissent dans la nature, n'aboutiront pas à une réduction sensible de l'impact carbone du projet. Pourtant, ce sont des efforts indispensables !
  • Enfin, rappelons que l'Angleterre dispose de chiffres précis sur l'impact carbone des programmes, grâce à la mise en place d'un calculateur carbone obligatoire. Les chiffres français, de leur côté, sont des estimations.

III.4) En Allemagne : des efforts récents mais payants

  • En 2018, le secteur audiovisuel allemand générait +21 % d’émissions par rapport à la France (+45 % par rapport à l’Angleterre)

L’étude n’explique pas les raisons d’un tel écart mais rappelle que l’énergie en Allemagne est beaucoup moins décarbonée (0,461 kgCO2eq/kWh) qu’en France (0,0571 kgCO2eq/kWh soit un impact 9 fois moindre), notamment du fait des nombreuses centrales à charbon.

  • MAIS entre 2009 et 2018, les Allemands ont réussi à réduire cet impact de 13 % quand en France il augmentait de +3,07 % et en Angleterre de +16,25 %.

III.4) Les actions mises en place en Allemagne :

  • Politique volontariste de diffuseurs importants comme RTL : neutralité carbone visée pour 2030 et éco-production pour ses programmes.
  • Naissance de sociétés spécialisées dans le «conseil écolo» pour les tournages à l’image de Secoya éco-tournage en France.
  • L’initative «Kino Natürlich» pour diminuer l’empreinte GES des salles de cinéma indépendantes.
  • L’initiative «Keen to be Green» des commissions du film allemandes destinée à former les professionnel.le.s.
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IV. Analyse de l’empreinte GES de fabrication d’un programme réel : la météo de France Télévisions

Le rapport Écoprod tente d'appliquer sur un exemple concret des conseils d'éco-production. Il a ansi évalué l’impact carbone de tous les aspects de la météo de France TV, pour en proposer un bilan, première étape à une amélioration.

IV.1) Recherche des sources d'impact du programme

Le diagramme ci-dessous synthétise l'ensemble des causes de l'impact de ce programme. On voit que le déplacement des équipes pour se rendre au travail est, de loin, la cause majoritaire de pollution. Arrive ensuite la pollution due au fonctionnement des équipements du plateau. L'impact de la fabrication des différents équipements (régie, plateau, cartes, loges) constitue aussi un autre poste à impact.

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Diagramme représentant, en tCO2 eq, les différents postes de pollution de la météo à France Télévision

  • Un bulletin météo = 5,33 kgCO2 eq/bulletin = 38,62 km en voiture moyenne
  • Une minute de météo = 1,18 kgCO2 eq/minute = 8,55 km en voiture moyenne

IV.2) Pistes de solutions proposées par l'étude

  • Les efforts à plus forte portée cibleront les déplacements des équipes : mise en avant des mobilités douces.
  • Le rapport préconise par ailleurs d’utiliser toutes les ressources disponibles pour diminuer l’impact carbone du programme, par exemple :

* Réduction de l’utilisation du cloud

* Réparabilité et durabilité des équipements utilisés

* Suppression des serveurs des anciens bulletins météo devenus obsolètes

* Rationalisation de l’envoi des mails (alléger les fichiers joints, etc.) …

«Il ne faut négliger aucun poste d’émission même les plus anecdotiques», « les petits ruisseaux font les grandes rivières ».

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V. Pistes de solutions : comment aller vers un audiovisuel moins émetteur de carbone ?

  • Il n’y a pas de solution toute faite, et le rapport ne propose pas de recettes miracles ; d'ailleurs la réflexion sur ce sujet est encore jeune, les solutions restent à inventer !
  • Cependant, il faut tenter de faire mieux à tous les niveaux possibles.
  • Par ailleurs, rappelons que certains gestes positifs pour l'environnement n’ont pas un effet direct sur son impact carbone : il faut néanmoins les promouvoir !

Par exemple, utiliser gourde et tasse réutilisables plutôt que bouteille plastique et gobelet jetable, n'a qu'un effet très marginal sur l’impact carbone d’un programme ; mais ils contribuent à la réduction des déchets, dont le traitement demande de l’énergie, etc.

V.1) Les axes proposés par le rapport (et par Écoprod) sont, par ordre d’importance :

  • Une plus grande sobriété. Il s'agit de se poser à chaque fois la question : avons-nous besoin de réaliser cette action ? Par exemple, avons-nous besoin de ce déplacement vers un autre décor ? Si oui, pouvons-nous le faire de manière plus douce ? Avons-nous besoin de ces projecteurs ? De faire une opération en ligne plutôt que localement, sur un disque dur ? Etc.
  • Une recherche de technologies moins polluantes : appareils plus durables et réparables, choix de codecs moins lourds selon nos besoins, choix de data centers hébergés localement. Cependant nous avons vu que l'effet de certaines technologies, dépend avant tout de l’usage qu’on en fait !
  • Une mise en commun des efforts : créations de moyens de production et de post-production «verts», labels, réglementations. Le CNC a dans ce cadre son rôle à jouer.

V.2) Des sites de référence et des entreprises qui s'engagent

  • Le site d'Écoprod (ecoprod.com) propose des solutions sous la forme de fiches pratiques, d'un guide de l'écoproduction, de rencontres avec des acteurs qui s'engagent.
  • À quoi ressemble un éco-tournage ? Nous vous invitons à lire cet article de 2019 qui décrit les efforts réalisés pour le tournage de la série L'Effondrement pour Canal+.

Quelques entreprises qui s'engagent pour conseiller les productions :

  • Fin de déchets, prestataire spécialisé dans l'épineuse question des déchets sur les tournages.
  • Pixetik cherche à promouvoir les produits et les entreprises engagés dans les domaines sociaux et environnementaux, à travers notamment un placement de produits plus responsable.
  • Les professionnels s'investissent aussi ! Éco-Déco est un groupe de travail de l'association MAD, qui cherche des solutions pour réduire l'impact environnemental de la construction de décors.
  • Vous êtes sur Facebook ? La page «Au Cul Du Camion / ACDC», d'Alexis Gireaudeau, régisseur général, réunit toutes sortes d'informations pratiques. Voir notamment à la page des vidéos, des interviews d'acteurs qui tentent de faire bouger les choses : Secoya, Fin de déchets, Écoprod, Ecodeco, Pixetik, la CST etc.

V.3) Les articles et actions de l'AFSI

N'hésitez pas bien sûr à consulter la Page Environnement de l'AFSI, et notamment les Fiches Pratiques Environnement, qui vous donnent toutes sortes d'astuces et solutions !

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Les sujets évoqués :

  • La gestion des déchets
  • Les batteries en tournage
  • L'alimentation
  • La pollution numérique
  • La pollution du textile
  • La pollution des appareils électroniques
  • Une fiche promouvant le «Lundi Veggie» au travail
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Conclusion

Le chemin vers un audiovisuel français respectueux de l'environnement est encore long. La prise de conscience, commencée autour des années 2010, est tout juste en train de se faire une petite place dans les impératifs de production et les façons de faire des professionnels. Pourtant, le temps presse : les indicateurs du changement climatique et de l'érosion de la biodiversité, montrent l'urgence de modifier nos modes de vie pour réduire nos émissions de gaz à effets de serre. Dans un futur proche où les gouvernements voudraient faire la chasse aux pollutions considérées comme non-indispensables, nos métiers seraient, à terme, certainement concernés.

Des solutions existent cependant : elles concernent parfois des questions compliquées, nous obligeront à revoir nos façons de faire nos métiers (déplacements, usages du numérique…). Nos voisins européens ont commencé à nous montrer la voie. Le CNC a de son côté lancé son «Plan action!» visant à verdir le cinéma, en 2022 avec des incitations, puis en 2024 avec des obligations.

La crise de la covid a montré par ailleurs avec quelle rapidité productions et techniciens pouvaient s'adapter pour continuer à faire des films en des temps difficiles. Gageons que nous saurons mettre en place les bonnes solutions pour que, dans un monde enfin respectueux de l'environnement, on continue à faire du cinéma comme nous l'aimons !

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