Communiqué de l'AFSI à propos de la polémique Zapper Bolloré
L’AFSI a pris acte de la réaction de Maxime Saada, directeur général du groupe Canal +, suite à la tribune Zapper Bolloré qui s’inquiétait de la potentielle emprise grandissante d’une idéologie d’extrême droite sur la production cinématographique.
Il est assez paradoxal qu’une réponse aussi abrupte face aux inquiétudes suscitées par la montée de l’extrémisme sur la liberté de création ait pu naître à Cannes.
Rappelons-le : ce festival est né pour contrecarrer celui de Venise, alors aux mains d’un pouvoir d’extrême droite, et pour défendre la liberté de création.
Au-delà des maladresses de la tribune à l’origine de la polémique et de la réponse qui semble lui donner raison en ce sens que toute contestation serait désormais coupable et interdite, cette affaire illustre une époque délétère où le dialogue, s’il n’est pas impossible, en devient de plus en plus difficile.
Au-delà des craintes et des inquiétudes d’un côté et des discours idéologiques ou revanchards de l’autre, il serait pertinent de se demander comment on a pu en arriver là. Comment la création culturelle se retrouve-t-elle aujourd’hui sur le banc des accusés, parfois au nom, ironie ultime, d’une liberté d’expression de plus en plus contrainte ?
La culture, qui devrait être un ciment de la nation et dont la France a fait l’un de ses marqueurs depuis la fin de la guerre, notamment grâce aux politiques volontaristes des ministres André Malraux et Jack Lang, aurait-elle failli à ses missions ?
La réponse est connue depuis des années, et c’est malheureusement vrai, comme l’a souligné en son temps le sociologue Olivier Donnat au ministère de la Culture : la théorie du ruissellement par la richesse de l’offre ne fonctionne pas. La culture a fini par creuser le fossé entre les classes sociales et est devenue elle-même génératrice d’exclusion et de frustration, avec le sentiment que l’argent public investi était de plus en plus réservé à une caste.
Si une prise de conscience a eu lieu, la réponse n’a toujours pas été à la hauteur des enjeux. Aujourd’hui, la culture alimente elle-même le ressentiment dont elle est victime.
Défendre la liberté de création est un impératif (et pourrait-il en être autrement ?) mais il est grand temps, si l’on veut combattre les vieux démons dont l’Histoire et l’entêtement de la nature humaine nous ont appris à connaître les ravages, de se remettre en question.
Dans ces conditions, on ne voit pas très bien comment le cinéma, s’il veut vraiment défendre sa liberté de création, pourrait ignorer l’éléphant dans la pièce. C’est de sa responsabilité avec ses financeurs, d’aller au-delà des polémiques et des anathèmes pour proposer une réponse qui fasse de lui, et de la culture dans toutes ses facettes, à nouveau un objet de désir pour le plus grand nombre, dans le meilleur sens du terme.
Le 21 mai 2026
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